Blog de Pierre Boulet, professeur à l'université Lille 1, laboratoire LIFL, équipe DART

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Mardi 14 septembre 2010

Groupe Zotero sur la communication scientifique

Je viens de créer un groupe Zotero (ges­tion de biblio­gra­phie inté­grée au navi­ga­teur web) pour héber­ger la biblio­gra­phie de mon cours sur la com­mu­ni­ca­tion scien­ti­fi­que. Ce groupe est ouvert et cha­cun peut le rejoin­dre et y ajou­ter ses res­source.

J’y ai ajouté les ouvra­ges de Jean-Luc Lebrun que j’ai eu le plai­sir de ren­con­trer il y a une semaine. Il m’a inter­viewé pour faire un pod­cast ou deux à par­tir de notre dis­cus­sion. Voici les sites où vous pour­rez trou­ver ses con­seils et les réfé­ren­ces de ses livres : Scien­ti­fic Wri­ting Skills and Tech­ni­cal Wri­ting Skills et When The Scien­tist Pre­sents.

Mercredi 30 juin 2010

Blog sur la pédagogie en milieu universitaire

Je suis depuis un an ou deux le blog Péda­go­gie uni­ver­si­taire – Ensei­gner et Appren­dre en Ensei­gne­ment Supé­rieur, Res­sour­ces pour le con­seil et la for­ma­tion péda­go­gi­que dans l’ensei­gne­ment supé­rieur, d’Amaury Daele, con­seiller péda­go­gi­que à l’Uni­ver­sité de Lau­sanne et doc­to­rant à l’Uni­ver­sité de Genève.

Il par­tage un grand nom­bre de res­sour­ces qui m’ont fait réflé­chir sur ma façon d’ensei­gner en ayant pour objec­tif l’appren­tis­sage effec­tif de mes étu­diants. Je le con­seille très for­te­ment à tous mes col­lè­gues ensei­gnants à l’uni­ver­sité ! Les der­niers arti­cles sont par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sants :

Mardi 23 mars 2010

Livre : « Scientific Writing » de Jean-Luc Lebrun

Sous titré « a Rea­der and Wri­ter’s Guide » ce livre com­mence par ana­ly­ser la façon dont un scien­ti­fi­que lit des arti­cles et en déduit des prin­ci­pes pour l’écri­ture. Dans la pre­mière par­tie, inti­tu­lée « The Rea­ding tool­kit », Jean-Luc Lebrun pro­pose des moyens pour faci­li­ter la lec­ture et mon­tre les erreurs qui gênent le lec­teur (plus ou moins incons­ciem­ment). La deuxième par­tie est plus clas­si­que et passe en revue les dif­fé­rents élé­ments de la struc­ture d’un arti­cle dans l’ordre typi­que de la lec­ture : le titre, le résumé, les titres de sec­tions, l’intro­duc­tion, les illus­tra­tions gra­phi­ques et la con­clu­sion.

J’ai trouvé ce livre très agréa­ble et rapide à lire et res­pec­tant bien les idées qu’il défend (croyez-le ou non, ce n’est pas tou­jours le cas). Je le con­seille à tous les scien­ti­fi­ques, débu­tants ou non, prin­ci­pa­le­ment pour sa pre­mière par­tie qui est assez ori­gi­nale. Il com­plète bien les réfé­ren­ces que je donne dans mon cours de com­mu­ni­ca­tion effi­cace pour les scien­ti­fi­ques.

Un site web, www.scien­ti­fic-wri­ting.com, com­plète ce livre avec une col­lec­tion de liens inter­net sélec­tion­nés par l’auteur. Jean-Luc Lebrun tient aussi un blog sur les pré­sen­ta­tions scien­ti­fi­ques. Je l’ai ajouté sur ma page publi­que sur net­vi­bes où vous pour­rez retrou­ver tout un tas d’autres res­sour­ces sur la com­mu­ni­ca­tion.

Dimanche 18 octobre 2009

Argumentation ou manipulation ?

Com­ment con­vain­cre ? Voici la ques­tion que tout cher­cheur peut se poser quand il pré­pare une con­fé­rence ou une prise de parole pour défen­dre un pro­jet de recher­che ou dans beau­coup d’autres situa­tions pro­fes­sion­nel­les ou pri­vées. J’ai lu plu­sieurs livres sur le sujet mais « con­vain­cre sans mani­pu­ler » de Phi­lippe Bre­ton m’a par­ti­cu­liè­re­ment plu car il ana­lyse bien la fron­tière floue qu’il y a entre argu­men­ta­tion et mani­pu­la­tion. Si on arrive à con­vain­cre par l’argu­men­ta­tion, on aura réus­sit à faire chan­ger de point de vue un inter­lo­cu­teur par le biais des idées expri­mées. Par con­tre, si on le con­vainc par la mani­pu­la­tion, cette con­vic­tion ris­que de ne pas tenir dans la durée parce qu’elle n’aura pas d’effet sur les opi­nions de l’inter­lo­cu­teur.

Sous-titré « appren­dre à argu­men­ter », ce livre pré­sente une cons­truc­tion de l’argu­men­ta­tion en 4 éta­pes :

  1. l’inven­tion où on trouve un angle, un point d’appui qui se base sur notre con­nais­sance de l’audi­toire ;
  2. l’élo­cu­tion où on cons­truit les argu­ments (d’auto­rité, de com­mu­nauté, de cadrage ou d’ana­lo­gie) ;
  3. la dis­po­si­tion où on pré­pare le plan argu­men­ta­tif ;
  4. et l’action, la prise de parole où il est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant de gérer le temps de parole.

Cha­que étape a son impor­tance et cette méthode sim­ple et effi­cace est uti­li­sée depuis l’inven­tion de la rhé­to­ri­que pen­dant l’anti­quité.

Con­cer­nant la mani­pu­la­tion, en con­naî­tre les tech­ni­ques peut être très utile pour y résis­ter. Voici quel­ques réfé­ren­ces sur la ques­tion : « influence et mani­pu­la­tion » de Robert Cial­dini qui dresse un pano­rama des tech­ni­ques de mani­pu­la­tion et pro­pose des trucs pour y résis­ter, et « la sou­mis­sion libre­ment con­sen­tie » de Robert-Vin­cent Jou­let et Jean-Léon Beau­vois qui ana­lyse scien­ti­fi­que­ment la théo­rie de l’enga­ge­ment qui mon­tre com­ment et pour­quoi on se sent engagé par une déci­sion. La PNL (pro­gram­ma­tion neuro lin­guis­ti­que) est une tech­ni­que de com­mu­ni­ca­tion assez répan­due et qui s’inté­resse par­ti­cu­liè­re­ment au non ver­bal dans la com­mu­ni­ca­tion, con­trai­re­ment aux tech­ni­ques d’argu­men­ta­tion. La PNL peut être uti­li­sée pour mani­pu­ler mais je pense qu’elle a aussi des aspects posi­tifs. Comme toute tech­ni­que, je pense il faut l’uti­li­ser avec éthi­que. Et comme pour les autres tech­ni­ques de mani­pu­la­tion, la con­naî­tre per­met d’en détec­ter l’uti­li­sa­tion et d’y résis­ter.

Vendredi 9 octobre 2009

Livre : « The Power Presenter » de Jerry Weissman

Ce livre porte sur le sujet de l’atti­tude à tenir lors d’une pré­sen­ta­tion orale. Quel com­por­te­ment (geste, into­na­tion, rythme de parole, etc) adop­ter quand on parle en public ? L’auteur sou­tient la thèse que le stress de l’évé­ne­ment crée une pous­sée d’adré­na­line qui nous fait pas­ser en mode sur­vie, avec comme seu­les réac­tions pos­si­bles atta­quer ou s’enfuir. Il pro­pose une méthode per­met­tant d’évi­ter la pous­sée d’adré­na­line ou de la faire retom­ber en nous met­tant dans l’état d’esprit d’une con­ver­sa­tion, ce qu’on fait quo­ti­dien­ne­ment sans pro­blème :

  • se pré­pa­rer en répé­tant à haute voix jusqu’à ce que les mots vien­nent faci­le­ment (pas de par cœur)
  • pen­ser « vous » et pas « moi » (ques­tion clé : qu’est-ce-qu’il y a pour vous là dedans ?)
  • par­ler direc­te­ment à une per­sonne du public en la regar­dant dans les yeux (focus sur l’autre et aide à la con­cen­tra­tion, chan­ger de per­sonne aléa­toi­re­ment à cha­que phrase, per­met de cap­ter les réac­tions des audi­teurs et donc d’adap­ter le dis­cours)
  • uti­li­ser ses bras pour faire des ges­tes lar­ges (ten­dre la main par­ti­cu­liè­re­ment)
  • faire des pau­ses entre cha­que phrase (unité logi­que) et à cha­que nou­veau trans­pa­rent pour lais­ser le temps aux audi­teurs de le com­pren­dre (on ne peut pas lire et écou­ter en même temps de toute façon)
  • pour cha­que trans­pa­rent, faire une tran­si­tion par un mot du trans­pa­rent pré­cé­dent, lais­ser une pause pour que les audi­teurs com­pren­nent le trans­pa­rent et pour réflé­chir à quoi dire, expli­quer puis com­plé­ter le trans­pa­rent
L’auteur illus­tre ses pro­pos par de nom­breux exem­ples tirés prin­ci­pa­le­ment du monde poli­ti­que et des recher­ches d’inves­tis­seurs lors d’intro­duc­tions d’entre­pri­ses en bourse, domaine où il est inter­venu comme con­seiller pen­dant 20 ans avec grand suc­cès. J’ai trouvé ce livre inté­res­sant, facile à lire et j’ai reconnu un cer­tain nom­bre de com­por­te­ments que j’ai ins­tinc­ti­ve­ment en cours. Je vais essayer de tes­ter les autres même si comme le dit l’auteur, cer­tains com­por­te­ments sont assez incon­for­ta­bles au début (les pau­ses en par­ti­cu­lier). On peut aussi sui­vre le blog de Jerry Weiss­man qui com­plète et illus­tre ses livres avec des exem­ples tirés de l’actua­lité (prin­ci­pa­le­ment la poli­ti­que amé­ri­caine).

Mercredi 16 septembre 2009

Excuses du gouvernement britannique pour le sort fait à Alan Turing

Le gou­ver­ne­ment bri­tan­ni­que s’est excusé pour la cas­tra­tion chi­mi­que qu’ils ont fait subir à Alan Turing sous pré­texte de son homo­sexua­lité et qui a mené à son sui­cide alors que celui-ci a été un des héros mécon­nus de la Grande Guerre. Il a en effet conçu des algo­rith­mes et des machi­nes per­met­tant le déchif­fre­ment des mes­sa­ges secrets alle­mands codés par la machine enigma. Tout l’art de leur uti­li­sa­tion a ensuite été de les exploi­ter sans révé­ler qu’on savait les lire. Ceci est magni­fi­que­ment raconté par Simon Sing dans His­toire des codes secrets. De l’Égypte des pha­raons à l’ordi­na­teur quan­ti­que, Lat­tès, Paris, 1999 (ISBN 2709620480), Livre de Poche, 2001 (ISBN 2253150975) et par Neal Ste­phen­son dans le Cryp­to­no­mi­con.

Turing est aussi un des pères fon­da­teurs de l’infor­ma­ti­que. On lui doit entre autre la machine de Turing, un des modè­les de cal­cul uni­ver­sels. Ses décou­ver­tes théo­ri­ques ont elles aussi eu un impact extra­or­di­naire sur notre monde. Il était grand temps de lui ren­dre hom­mage et de répa­rer cette injus­tice !

Mercredi 26 août 2009

Livre : « Les stratégies absurdes » de Maya Beauvallet

(mise à jour le 26 août 2009)

Merci à Bruno de m’avoir fait découvrir ce livre très intéressant sur les indicateurs tant à la mode et leurs effets pervers. Ce livre est en effet sous-titré « Comment faire pire en croyant faire mieux ».

L’auteur analyse la nouvelle idéologie managériale des indicateurs de performance et des mécanismes d’incitation et de sanction. Elle prend de nombreux exemples dont celui de l’évaluation de la recherche par la bibliométrie. Elle cite à ce propos un rapport de la commission d’évaluation de l’INRIA sur ce sujet (qui devrait parler aux informaticiens).

Maya Beauvallet met ainsi en évidence la difficulté de construire des indicateurs qui mesurent bien les objectifs (nombreux, contradictoires et souvent flous) d’une entreprise ou d’un service public et les effets pervers nombreux de la liaison mécanique des rémunérations des personnels à de tels indicateurs.

Elle conclut en exhortant les managers à ouvrir leurs portes, quitter leurs tableaux de pilotage pour aller voir directement les gens qu’ils sont sensés manager et la façon dont ils travaillent. Les indicateurs peuvent être un très bon outil de pilotage mais ce pilotage ne doit pas être automatique et les indicateurs ne doivent pas remplacer le pilote qui doit rester conscient de leurs limites.

On pourra lire en complément l’article Le Technoprimat que Jean-Marc L’Hermite a publié sur le site de sauvons la recherche il y a quelques jours. Dan Pink démontre aussi dans cette vidéo (conférence TED en juillet 2009) l’effet négatif sur les performances d’une incitation financière dès que la tâche fait appel à un minimum de réflexion, ce qui est bien connu en sciences du comportement (voir en particulier le livre la soumission librement consentie de Joule et Beauvois).

Mardi 25 août 2009

Livre de référence : « Brain rules » de John Medina

J’ai lu il y a un an le livre brain rules de John Medina, un scien­ti­fi­que spé­cia­liste du cer­veau. Il y donne 12 règles basées sur des étu­des scien­ti­fi­ques qui résu­ment ce qu’on sait sur le fonc­tion­ne­ment de notre cer­veau. Comme j’ai trouvé ce livre pas­sion­nant et qu’il a des impli­ca­tions énor­mes sur la péda­go­gie, je pro­pose ici un résumé des 12 règles qu’il pro­pose :

  1. l’exer­cice phy­si­que amé­liore la puis­sance du cer­veau ;
  2. le cer­veau humain est le fruit de l’évo­lu­tion ;
  3. tous les cer­veaux sont cablés dif­fé­rem­ments ;
  4. on ne fait pas atten­tion aux cho­ses ennuyeu­ses ;
  5. répé­ter pour se sou­ve­nir ;
  6. se sou­ve­nir pour répé­ter ;
  7. qui dort bien pense bien ;
  8. les cer­veaux stres­sés appren­nent moins bien ;
  9. sti­mu­ler le plus de sens pos­si­bles ;
  10. la vue écrase tous les autres sens ;
  11. les cer­veaux mas­cu­lins et fémi­nins sont dif­fé­rents ;
  12. nous som­mes des explo­ra­teurs nés.

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Mercredi 12 août 2009

Livre de référence : « Trees, maps and theorems, effective communication for rational minds » de Jean-Luc Doumont

« Trees, maps and theorems » est, selon moi, le meilleur livre sur le sujet de la communication pour les scientifiques. Il est exemplaire dans l’utilisation et l’illustration des trois lois de la communication proposées par l’auteur :

  1. s’adapter à son auditoire ;
  2. maximiser le rapport signal/bruit ;
  3. utiliser la redondance efficacement.

Les trois mots du titre sont en ce sens très bien choisis : les arbres pour la façon de structurer l’argumentation, les cartes pour guider le lecteur et le théorème comme principe de rédaction (on donne en premier l’énoncé du théorème, le résultat, et seulement ensuite, pour ceux qui voudraient la lire, la démonstration ou la justification).

En faisant porter l’accent sur la structure des documents ou présentations, il donne des conseils très clairs, pertinents et argumentés pour répondre à la plupart des questions qu’on peut (ou devrait) se poser sur la technique de communication écrite ou orale. D’autres livres (voir ici) parlent de ce sujet ou de parties de ce sujet mais celui-ci est à la fois très complet, très clair et convaincant. Je le conseille à tous les chercheurs, enseignants ou étudiants qui veulent acquérir les principes de cette compétence de plus en plus importante qu’est la communication.

J’essaie humblement de faire partager ce que j’ai lu et expérimenté de la communication scientifique dans mon cours proposé à l’école doctorale SPI, communication efficace pour les scientifiques (il s’appelait conception des écrits scientifiques jusqu’à l’an dernier mais j’en change le titre et en adapte le contenu en 2009-2010 suite à la lecture de plusieurs livres et en particulier de celui dont je parle ici).